La Cigale et La Fourmi.

Voilà, je me suis décidé à écrire en français, même si je ne vais pas reprendre tous mes anciens articles, tout comme je fais en anglais, je me suis dit que ce serait intéressant d’utiliser cette langue pour les trois ou quatre lecteurs que j’ai. Sincèrement je n’ai aucune idée de comment vous faites pour lire ceux en espagnol ou en anglais mais je suis content que vous le fassiez. Donc c’est un petit cadeau de Noël, très en retard que je vous fait ici.

Cela fait des semaines que je me prends beaucoup la tête avec la question qui tue «qu’est ce que je suis en train de faire de ma vie ?» Car quand j’ai quitté le restaurant je me disais que pour le réveillon je serais déjà avec mon fiancé, du coup je travaillerais avec lui. Mais c’est pas le cas. Donc je me suis dit que passées les fêtes je me remettrais à rechercher un but. Être un bon mari c’est bien mais un peu pauvre. Du moins c’est ce que les gens disent.

J’ai déjà écrit sur le sujet travail précédemment, surtout dans The Workaholics, où je parle de cette mentalité que nous avons hérité des années 80 qui vient à dire que si tu ne travailles pas tu es un bon a rien et tu ne vaut pas grand chose. Je l’ai relu et je ne pense pas me récrire, cependant je veux y ajouter une idée qui me tourne dans la tête. D’où le titre de cette entrée de Blog.

Mis à part que je connaissais cette Fable de Lafontaine de quand j’allais à l’école, j’ai quand même fait une petite recherche, et apparemment c’est une histoire encore plus ancienne. Toujours avec une morale à la fin, qui donne souvent la raison à la fourmi. Si bien certains estiment que l’auteur ne voulait pas prendre parti, le conte d’origine oui.

Alors partons déjà que cette Fable apparaît pour la première fois en 1668 mais elle provient d’un auteur grec, créateur des fables telles quelles entre 600 et 500 avant JC. Donc nous avons des gens qui nous font sentir mal depuis presque 2.000 ans si nous ne sommes pas les fourmis qui bossent sans répis. Sympa, non ? Maintenant je comprends pourquoi il est si difficile de sortir de cette mentalité capitaliste.

D’autant plus que cela se dirige aussi bien à des nationalités qu’à des individus, comme si le fait d’avoir telle ou telle origine serait une raison pour être fénéant ou pas. Quand j’habitais en France, j’avais souvent à faire avec des commentaires comme ceux qui suivent. Les espagnols vous aimez beaucoup la sieste. Oui. On adore ça, et tous les français et suisses que j’ai rencontré là bas, et qui l’avaient essayé étaient d’accord. Les espingouins vous êtes toujours en train de faire la fête. Euh, oui, quand on bosse pas oui. Mais vous aussi. Mais ce qui m’embêtait le plus c’est quand ils commençaient à dire que nous sommes toujours en vacances, qu’on bosse jamais et que notre truc c’est de faire la fête comme la cigale de la fable.

Alors déjà, ici la semaine de travail est de 40 heures et pas 35 voir moins. Nous on bosse plus que cela. Mais personne s’en rend compte car ce qui intéresse c’est de faire de la mauvaise pub. Ensuite, tous ceux qui critiquaient la fête sont ceux qui ne vont pas dans le sud de la France en vacances mais en Espagne. Pourquoi ? Ben c’est simple, ici, en été, tout n’est pas fermé à 20h et en plus c’est moins cher car les boulots en tourisme sont pourris et mal payés, donc on bosse plus que en France. Mais c’est toujours pareil.

Les comparaisons sont toujours odieuses. Je me souviens que pendant les canicules ils me disaient que je ne devrais pas me plaindre car en tant qu’espagnol je devrais être habitué à la chaleur. Sauf que là où j’habitais, il ne faisait jamais 45° pendant la journée et 29° la nuit pendant deux semaines de suite. Et même s’il faisait chaud, on a de l’air conditionné partout. J’ai trouvé drôle que les centres commerciaux ou les salles de cinéma n’en avaient pas. Pendant une de ces vagues de températures extrêmes je me suis dit que passer mon jour de libre au cinéma serait une bonne idée car je serais au frais. Pas de bol. Pas de clim. C’était l’horreur. Je suis sorti de la salle complètement transpiré. Comme quoi on est pas aussi con que ça.

Mais non seulement j’ai dû à faire avec ce genre de commentaires au boulot, mais aussi à la maison avec la Poubelle. J’en parle dans l’entrée La Basura mais je vais sans doute un jour revisiter cet article, mais en français. Je ne sais pas pourquoi il voulait sortir avec un espagnol s’il n’arrêtait pas de critiquer mes origines. Il me corrigeait à chaque fois que je faisais des erreurs de grammaire ou de prononciation. Ou il rigolait avec ses amis en disant qu’il avait gagné le jackpot car il avait droit à la femme de ménage espagnole. Car mis à part ça, on était bons à rien.

Quand il est venu en vacances en Espagne avec moi, un été pendant 3 semaines, tout lui déplaisait. Évidemment le climat n’avait rien à voir avec celui de la Savoie ou de la Picardie, d’où il provenait. Mais ce n’était pas que ça. La nourriture ne lui convenait pas, même les sorbets il les trouvait pas bons. Et quand aux mecs pareil. Il trouvait que les gars faisaient macho jusqu’au moment de se mettre nus à la plage, car selon lui, étant tous épilés, ils faisaient tapette. Après il se demandera pourquoi je suis parti.

En ce qui concerne le boulot, mon ancient partenaire du studio de pilates m’a confié finalement qu’il n’a jamais réussi à trouver un bon remplaçant pour moi. Selon lui tous les profs qu’il a essayé d’engager voulaient des conditions impossibles. Aucun n’avait mon expérience et donc pas possible de demander des avantages dont je n’ai jamais profité. C’est-à-dire ils voulaient tous des horaires de bureau et ne pas travailler les jours fériés, alors que moi je le faisais enchanté car je savais en quoi consistait ce job. Et en plus ils n’avaient pas autant de diplômes que moi. Il a dû finalement fermer son studio car apparemment l’espagnol bossait plus que les locaux.

Je ne pense pas que l’origine de chacun puisse être responsable de si on aime faire la fête ou pas. Il est très facile de juger les autres depuis une position d’ignorance. La fable de Lafontaine et son prédécesseur sont des contes à morale, mais on ne peux pas toujours les extrapoler à la vie quotidienne, car celle ci est bien plus complexe que juste une fourmi ou une cigale. Nous ne sommes pas des insectes. Ni les abeilles et leurs organisations, ni des papillons qui devons métamorphoser de chenille en chrysalide, et encore moins des mantes religieuses qui devons dévorer nos conjoints… Peut être, au lieu de juger les autres, certaines personnes devraient se concentrer plutôt sur la gestion de leurs problèmes et arrêter de projeter sur le reste leurs défauts. Le monde serait alors un endroit bien plus habitable.

Janvier 2023.

2 comentarios sobre “La Cigale et La Fourmi.

  1. L’arrogance française ! On adore se comparer pour se prouver qu’on fait mieux que nos voisins. Sans doute que ça nous rassure… En vrai, il y a du bon et du moins bon partout, et il n’y a qu’en vivant et en travaillant sur place qu’on peut vraiment savoir comment ça se passe de l’autre côté des Pyrénées ou du Rhin. Le reste, ce sont des fantasmes. Et je pense que ça trahit un vrai malaise franco-français : on n’est jamais content de ce qu’on a, alors on rêve en se disant qu’ailleurs c’est mieux mais comme on est un peu jaloux et qu’on n’a pas le courage de quitter le pays pour aller dans cet ailleurs fantasmé, on finit par dénigrer ce dont on rêve…

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